LA LAURENTINE ANDREI KIVILEV 2009
LA LAURENTINE ANDREI KIVILEV 2009
Il paraît qu’Alexandre VINOKOUROV a fait le grand circuit de 170 km en 5h 30 en se promenant. Le premier cyclosportif est arrivé 20 minutes après lui.
Pourtant, le parcours n’était pas facile:l’arrière pays Nicois n’est pas réputé pour ses petits dénivelés!
Mais il a eu raison de se laisser aller à admirer ce qui est pour beaucoup le plus bel itinéraire des Alpes Maritimes : Sigale, Le Pont des Miolans qui surplombe les gorges de Riolan.

Moi-même j’ai effectué le parcours des 100 km qui est également un beau parcours. Il est un peu gâché par le retour sur la 202, une horrible nationale ( Nice-Dignes), très dangereuse, mais il faut bien à un moment revenir rapidement au bercail. Le Conseil Général des Alpes Maritimes prévoit une piste cyclable pour les années nouvelles. Une première partie existe entre Le Pont Charles Albert et Carros. C’est un vrai plaisir de se retrouver sur cette route réservée aux deux roues parfaitement bitumée . Elle suit la nouvelle voie express qui rejoint l’autoroute. Pourquoi ne pas l’avoir continué jusqu’à Saint Laurent?

A 8h le départ est donné. Comme d’habitude la masse des cyclistes se précipitent pour rouler en tête. Le parcours est cependant neutralisé jusqu’à la montée de Gattières et pour une fois cela se passe pas trop mal. Les cyclosportifs seraient ils devenus disciplinés ?
Nous sommes plus de 250 sur cette route étroite D2209 qui traverse La baronne. Je ne me presse pas trop car je sais que la côte de Gattières fera la sélection. Ceux « qui veulent faire un temps » se retrouveront vite ensemble dans le groupe de tête.
Mon objectif est de rouler à plus de 30 km/h. A mon age (65 ans) je n’ai plus d’ambition de places. Ce n’est pas le cas des jeunes que je vois attaquer la pente de Gattières ( 4,5 km) où nous passons du niveau de la mer à 300 mètres.

Le but est de chercher un groupe qui roule comme vous, qui a à peu près le même niveau d?entraînement. Le mieux c’est de se retrouver avec des compagnons de votre club. L’an dernier je m?étais retrouvé avec une belle équipe de Saint Laurent. Cette année je suis seul. Dans le cafouillage du départ j’ai perdu de vu les nouvelles tuniques bleus et blanches SKODA de mes collègues. Rapidement je me retrouve avec un groupe aux couleurs mélangées : le noir et rouge du Cavigal, le blanc du GSEM, le jaune et bleu de l’AVAN !
Le parcours de Gattières , Carros, Le Broc est une route de crête. Tous les cyclistes d’expérience savent que le relief d’une « crête » n’est pas assimilable à celle d?une lame de rasoir. Ce n’est pas plat : c’est une succession de bosse. Nous dépassons difficilement le 25 km/h !

Nous arrivons enfin à la montée de Bouyon, c’est là qu’il faut tenir . Tous les vieux « briscards » de la Laurentine vous le diront. C?est un test : si on reste dans le groupe là, on ira jusqu’au bout. . .
En effet après cette étape nous avons une longue descente sur Roquesteron. Après la route sur Gilette est en pente douce, moins de 5%.
Je serre les dents pour finir avec mon peloton à Bouyon : superbe petit village qui surprend : tout à coup du haut de nos 700 m nous découvrons la vallée de l’Esteron et la grande plaine du var. Ce spectacle coupe le souffle : ce n’est pourtant le moment pour nos cyclistes déjà près de l?asphyxie !!!

Théoriquement nous attaquons la descente, je lâche donc un peu de lest ;Je m’alimente, je me désaltère tout en roulant. Je laisse partir mon groupe à quelques centaines de mètres.
Quelle erreur ! En réalité jusqu’au village de Conségude (10 km) le chemin est un faux-plat !
Les rouleurs en profitent pour tirer « le gros braquet » et rouler à plus de 35 km/h !!
Surpris par cette attaque je suis rapidement lâché. Sur plusieurs kilomètres je donne toute mon énergie pour recoller désespérément ma roue au suivant. Mais la poursuite n’est pas ma spécialité ( 55 kg) et que faire contre une meute en folie de rouleurs qui s’organisent bien en relais !!

La descente est agréable dans des merveilleux sous bois qui atténue la chaleur d’un soleil qui commence à darder ses rayons.
Dans un tournant un collègue de Saint Laurent me fait un signe amical : il vient de crever. La course est terminée pour lui. Il faisait partie des cadores, il visait les premières places .
Je suis triste pour lui. Cela peut paraître mesquin de donner tant d?importance à ces compétions ( nous n’avons ni primes, ni médailles) mais nous passons beaucoup de temps aux entraînements, ne négligeons jamais notre saison d’Hiver, participons à toutes les sélections. Un incident mécanique ou une crevaison c’est un espoir gâché de réussir une performance.
Nous sommes tant motivés ! D’ailleurs comment pourrions nous autant souffrir en course sans cet enthousiasme !!!

Arrivé à Roquesteron ( une cité médiévale très jolie) le contrôle de ravitaillement nous accueille. On dirait un village en fête. Il y a près d’une centaine de cyclistes qui s’alimentent au buffet joyeusement !
Il n’est pas question pour moi de m’arrêter j’ai perdu trop de temps !
Nous traversons le pont sur l’Estéron pour attaquer la longue côte de Gilette.
Je suis surpris de la facilité de cette montée. En fait nous passons de 325 mètres à 659 mètres sur 22 km avec des déclivités qui ne dépassent pas 5%. Pourtant, l’an dernier je m?étais fait lâcher à cet endroit. Tout dépend de sa forme, de l’allure du groupe et surtout de l’endroit : en fin de parcours la fatigue se cumule. . .
Nous nous retrouvons trois, de club différents : nous décidons de nous attendre pour finir la boucle. En effet après la descente de Gilette ( où un spectateur nous dit que le premier est passé il y a 12 minutes) nous avons la surprise de trouver un vent contraire très fort. Chacun exécutera un relais tous les kilomètres. Je jette un coup d’œil sur ma montre, pour le nomment je suis dans les temps.

Ah quel bonheur de sentir cette camaraderie qui nous permet d’augmenter notre moyenne. Personne ne rechigne lorsqu’il est en tête et les relais se passent naturellement. Le vent est tellement fort que ma frêle carcasse se déplace lorsque je me mets en tête. De plus je m’excuse auprès de mes camarades du peu d’abri que je leur réserve !
Nous voyons enfin se profiler la rocade du bord de mer de Saint Laurent. C’est aux sons de sifflets et de cris pour préciser le chemin du gymkhana d’arrivée entre les barrières que les concurrents sont accueillis souvent exténués. . .
Je suis heureux de ma performance 3 heures 5 minute pour 100 km. Je retrouve mes camarades de mon club déjà en train d’attaquer les casse croûtes ! ( ils étaient là depuis un quart d?heure !)

Le Club de Saint Laurent avait installé un camion podium où comme à La Charly Bérard un animateur donnait ses commentaires , annonçait les résultats, tout cela dans une ambiance musicale digne du concert du Stade de France !.
A 16h 30 tous les concurrents sont arrivés ( plus de 400 participants un record !) Michel Geoffroy , le président, peut commencer son intervention. Après avoir fait les présentations traditionnelles des élus de la ville, ses remerciements au maire, à nos différents sponsors et aux bénévoles ( qui préparent cette manifestation depuis 6 mois) il passe la parole à une fêle jeune femme aux jolies yeux bleus bridées : Nathalia Kivileva .

Car il faut savoir que La Laurentine est dédiée à Andréi KIVILEV ce coureur qui s’est tué lors du Paris Nice de 2003. C’est donc sa jeune veuve qui s?adresse à nous. Celle ci , son fils à ses côtés, est muette d?émotion.
Heureusement l’assistance applaudie à tout rompre pour l?encourager. Aussitôt elle se lance dans un discours qui nous émeut jusqu?aux larmes. Avec son accent mélange de Russe et de Provencal elle déclare « Merci à tout le monde. . . Andréï c’était un champion, mais pas que dans le vélo. . ..mais aussi dans la vie. . .aussi dans sa tête. . . »
Un silence
« Il est toujours dans mon c?ur. . . »
A nouveau un silence. Nathalia est très émue.
« C’est pour cela que je suis venu à votre manifestation, pour vous dire merci pour votre amour, pour cet hommage que vous avez donné à mon mari. . .»

Un tonnerre d’applaudissement clôt cette déclaration touchante.

La manifestation se termine par la remise des coupes et notre loterie traditionnelle. Qu’il était fier l’heureux gagnant du plus gros lot : un cadre en carbone !
Beau temps, aucun incident de course, une participation record, le Stade Laurentin peut être fier de sa prestation !

Le samedi 30 mai 2009
Compte rendu de Michel Hannoteaux
Stade Laurentin Cyclisme